Mascarades de Lyes Salem


Le souffle nouveau de la comédie algérienne
Sorti en septembre 2008 sur les écrans algériens, « Mascarades » est une parabole tendre et surtout très drôle sur l’Algérie, l’amour, la rumeur.



Le portrait amusant d’un pays rongé par le poids des tabous... Un hymne à la liberté et à la tolérance.
Les premières fois sont les meilleures ! Ceci est en tous cas valable pour Lyes Salem qui démarre une très bonne année avec son premier long-métrage « Mascarades ». Déjà remarqué pour son court-métrage « Cousines », il réalise le début d’une aventure cinématographique heureuse qui lui a valu le Valois d’or du meilleur film du Festival du film francophone d’Angoulême, le prix du public au Festival du film francophone de Namur, celui de la première œuvre ainsi que celui du meilleur espoir féminin pour la comédienne Rym Takoucht, lors des Journées cinématographiques de Carthage, en novembre 2008. Il figure également sur la liste des 67 films qui concourent pour l’Oscar 2009 du film étranger sous la bannière algérienne, aux côtés de « Le sel de la mer » de Anne-Marie Jacir (Plaestine), « Sous les bombes » de Philippe Aractingi (Liban), de « L’île » de Cherif Arafa (Egypte), « Gomorra » de l’Italien Matteo Garrone ou de « Trois singes » du Turc Nuri Bilge Ceylan.

Sorti en septembre 2008 sur les écrans algériens, « Mascarades » est une parabole tendre et surtout très drôle sur l’Algérie, l’amour, la rumeur. Le portrait amusant d’un pays rongé par le poids des tabous... Un hymne à la liberté et à la tolérance.

Nous sommes dans un village du bout du monde (le tournage s’est déroulé dans la région de M’chouneche dans les Aurès). Mounir Mekbel est ingénieur horticole ou jardinier, c’est selon, chez le colonel. Marié, un enfant, il a du mal à se faire respecter. Il est même la risée du village à cause de sa sœur, Rym, atteinte de narcolepsie, qui s’endort sans prévenir.

Et c’est la blague de trop. Après une énième moquerie à propos de la maladie de sa sœur, Mounir (complètement soûl) hurle à tout le village qu’il allait marier sa sœur à un prétendant de la ville. Un beau prétendant, riche, blanc et surtout puissant, aussi puissant que Mounir est « fier ». De cette fierté des pauvres, en Méditerranée, patrie des forts en gueule.
C’est l’engrenage, la machine s’emballe, et l’on se retrouve à préparer le mariage de Rym avec l’« Australien William Vancooten ».
Bien entendu, le meilleur ami de Mounir, Kh’lifa, file en secret et depuis déjà un moment le parfait amour avec la belle dormante. Kh’lifa qui tient un magasin de cassettes vidéo et roule en Lada pourrie (immatriculée 50), et qui est décidé à empêcher ce mariage. De mensonges et de quiproquo, voilà de quoi est faite l’histoire de « Mascarades », la bien nommée. D’une vraie tendresse également. Il y a du Borat chez Lyes Salem dans le rôle de Mounir, en survêtement, maillot de corps et chaîne en or qui brille. Mais adouci par Chaplin. Salem aime le cinéma et les références, joyeuses, ne manquent pas (Kusturica, le côté western des paysages, western spaghetti ou rechta).

Généreux, Lyes Salem qui tient le premier rôle, n’écrase pas ses partenaires. Mieux il donne la part belle aux seconds rôles, avec une attention particulière aux personnages féminins. Rym Takoucht, vue récemment dans « Vivantes » de Saïd Ould Khelifa, et que l’on découvre ici dans une tonalité différente, dans le rôle de l’épouse Habiba, aussi aimante que résolue, personnage qu’elle campe avec aisance. Ou la jeune Sarah Reguigue en passionaria narcoleptique, amoureuse intrépide.
Mais c’est le facétieux Mohamed Bouchaïb qui reste incontestablement la révélation de ce film. Déjà remarqué dans l’émission satirique de Badi « El F’hama », et dans la sitcom de ce ramadhan, « Djemaï Family », celui qui joue Kh’lifa déploie un jeu irrésistible et incarne une belle promesse d’acteur.

Comédie réalisée dans la langue des Algériens (Mounir Mekbel serait le petit frère de Omar Gatlato), « Mascarades » vient d’abord contredire tous ceux qui se cachent derrière la difficulté de raconter en algérien. Les situations cocasses déclenchent un rire franc, intelligent, sans gêne ni malaise. Un humour rafraîchissant qui change de celui que l’on a pris l’habitude de consommer et qui utilise les ressorts de la caricature (celle du paysan qui débarque en ville, risible par son accent, son aspect, son conservatisme, son côté réactionnaire). Ici, le village n’est pas la campagne, les préoccupations n’ont pas de couleur régionale ou géographique.

Dans cette comédie à l’italienne, Lyes Salem a voulu, de manière un peu transparente, certes, symboliser à travers les péripéties de cette jeune fille atteinte de narcolepsie, le tumulte d’un pays qui peine à garder les yeux ouverts, écrasé par les tabous qui le tirent vers le grand sommeil.

Avec des comédiens talentueux, un vrai travail sur les dialogues (les répliques qui sonnent juste) que renforcent un découpage rigoureux et un montage rythmé, Lyes Salem signe un film maîtrisé, drôle et transgressif. Une comédie populaire qui puise son souffle dans la pure tradition d’autodérision, sport favori des Algériens.

Mascarades
Durée : 1h 32 min. Réalisation : Lyes Salem. Scénario et dialogue : Lyes Salem et Nathalie Saugeon. Montage : Florence Ricard. Photographie : Pierre Cottereau
Interprètes : Lyes Salem, Sarah Reguieg, Mohamed Bouchaïb, Rym Takoucht, Merouane Zmirli, Mourad Khan
Production : Dharamsala, Arte France, Laith Media.

Par : Yasmina Belkacem (www.espritbavard.com)


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